samedi 26 mars 2011

Rien ne vaut un contrôle efficace…

 En l'an 1710, le prince électeur de Dresde se fâcha sérieusement parce que ses messagers qu'il envoyait régulièrement à la cours de Meissen revenaient à chaque fois complètement ivre.  Ils abusaient du très bon vin blanc qu'on cultivait aux alentours de la ville. Le prince électeur ordonna alors aux boulangers de Meissen de produire un pain extra léger et très fragile, à base de pâte d'hostie, appelé "Fummel" (le nom de l'outil qui sert à aplatir la pâte). Il demandait à ses messagers de revenir à Dresde sans briser le pain, preuve qu'ils étaient à jeun.
Cette tradition s'est gardée. Tout voyageur ramène ce pain chez lui - en essayant de ne pas briser le pain, le fameux "Fummel".
Voici le pain entier tel que je l'ai acheté à Meissen.

Voici son état à l'arrivée à Strasbourg. A qui la faute ?!

mercredi 16 mars 2011

Liestal : "chienbäse" / chariots de feu

"Chienbäse" le 13 mars 2011 à Liestal (près de Bâle) : coutume ancestrale de carnaval
avant…

pendant… porté à dos d'homme

…sur chariot

 
…à travers la porte de la ville



lundi 7 mars 2011

Histoire de cigognes, histoire de clocher…


DNA le 06/03/2011
Reichstett, de Patrick Schwertz (avec A.B et A.G)
"Les cigognes n’en font qu’à leur tête
Il y a de l’électricité dans l’air à Reichstett. À cheval sur la rue Kloeck et celle de La Wantzenau, des cigognes ont construit leur nid au-dessus d’un pylône de l’ÉS. Jeudi, elles ont été une nouvelle fois délogées. Entre l’indignation des riverains et les obligations du maire, va-t-on éviter une querelle de clocher ?
Jeudi, une nacelle de l’Électricité de Strasbourg se hisse le long d’un pylône situé à l’angle de la rue de La Wantzenau et de la rue Kloeck à Reichstett.
La mission : démanteler le nid que les cigognes ont installé sur la pointe du poteau électrique, propriété de l’ÉS [Électricité de Strasbourg].
Une scène devenue presque routinière. Et qui choque certains riverains. Comme Marie-Marcelle Armbruster, particulièrement remontée. « Ça fait trois ans qu’elles viennent. Elles ont pris l’habitude de construire leur nid au sommet de ce poteau électrique de la rue de La Wantzenau. L’an passé, on avait réussi à maintenir le nid. Les cigognes nous ont fait trois petits, on était très contents dans le quartier », confie cette Lyonnaise d’origine, installée depuis quarante ans en Alsace.
« Ça me fend le cœur de les voir tourner autour du poteau »
La donne a changé cet hiver. « C’est la deuxième fois de suite que la mairie fait venir un agent d’Électricité de Strasbourg pour détruire le nid, rappelait notre lectrice, avant la nouvelle intervention de jeudi. Ça me fend le cœur de voir ces pauvres bêtes, qui ont fait plusieurs milliers de kilomètres, tourner tous les jours autour du poteau. On nous dit qu’on veut réintroduire les cigognes en Alsace, c’est scandaleux de voir une mairie agir comme ça. »
Michel Costaz, qui habite rue de La Wantzenau, n’en pense pas moins. « L’an dernier, le nid a été démonté quatre fois. » Ce Savoyard d’origine trouve « inadmissible qu’une commune qui se dit amie des cigognes fasse démonter un nid ». Tout ça à cause de fientes laissées sur le toit d’un voisin, selon lui. « Sur le trottoir, les gens promènent leur chien qui fait ses besoins. Mais quelques fientes, et on s’en prend aux cigognes ! Pour t ant, ça ne dure que trois mois. Elles n’ont rien fait à personne », s’insurge-t-il.
Sauf que la situation n’est pas aussi manichéenne. Il faut en effet savoir que la responsabilité du premier magistrat d’une commune peut être engagée en cas d’accident et même de nuisances.
Du fumier de cheval, des poussins morts et des cigognes en plastique…
Or, selon l’Aprecial (Association pour la protection et la réintroduction des cigognes en Alsace Lorraine), un nid peut représenter un poids de 350 à 1 200 kg.
« Il y a bien sûr un problème de nuisances de toutes sortes, puisque le pylône est situé en limite de propriétés privées. Mais imaginez-vous ce qui pourrait se passer si le nid venait à s’écrouler ? », redoute Georges Schuler, le maire de Reichstett. parfaitement conscient que le délogement des cigognes est un déchirement.
Mais nécessité fait loi. Et la municipalité a obtenu le feu vert de la Préfecture pour déplacer le nid, compte tenu du danger qu’il représentait pour la sécurité. Procédure habituelle dès lors qu’il s’agit d’animaux sauvages, mais aussi d’espèces protégées.
Du côté de la mairie et de l’Électricité de Strasbourg, il y a eu aussi beaucoup de remue-méninges pour trouver une solution de repli. L’installation d’un cône de protection avait bien été envisagée, mais la multitude de câbles d’alimentation et de fils électriques autour du nid rendait l’opération impossible.
« L’ÉS a donc fourni un vieux pylône en bois à l’identique qui a été installé à 150 m du premier nid. Cette structure métallique a été ensuite aménagée avec de la paille, des branchages et du fumier de cheval, raconte Georges Schuler. Pour les attirer, nous avons ajouté des poussins morts considérés comme le chocolat des cigognes. Mais ce nid ne leur sert que de garde-manger et elles préfèrent retourner dans l’autre. C’est un animal têtu… »
« Un travail de longue haleine »
Pour caresser l’oiseau dans le sens de la plume, les édiles de la commune ont même été jusqu’à acheter deux cigognes…. en plastique placées par terre en dessous du pylône en bois. Mais là encore sans résultat.
Pour l’instant, c’est donc le statu quo, alors que les cigognes sont en pleine période d’accouplement.
La commune de Reichstett est reconnue « Village Cigogne d’Alsace ». Elle a passé une convention avec l’Aprecial pour la gestion, l’accueil et l’hébergement de cette espèce protégée. Un couple de cigognes vit depuis 12 ans dans un enclos fermé. Ce Parc des Cigognes est d’ailleurs joliment intégré au paysage.
« Je comprends l’émotion de certains habitants, insiste le maire. Mais le nid sauvage de la rue Kloeck présente un danger potentiel. C’est vraiment un travail de longue haleine de faire en sorte que ces cigognes choisissent un endroit plus sécurisé. »
Tout près du nid de la discorde, à quelques dizaines de mètres à vol d’oiseau, se dresse l’église St-Michel au toit si accueillant. Et si ces cigognes têtues pouvaient y installer leur nid d’amour, ça étoufferait dans l’œuf une vraie querelle de clocher."

dimanche 9 janvier 2011

Randonné de la cascade du Nideck (Vosges)

 La cascade du Nideck

 Plaque commémorative d'A. von Chamisso, au château de Nideck
 
 
La fille des géants
Un jour par extraordinaire, au gré de son jeu du moment la fille du géant sort du château et, descendant la colline elle parvient dans la vallée, excitée et curieuse des découvertes qu'elles pourraient y faire.
En quelques enjambées, elle traverse la forêt atteignant Haslach, terre des hommes communs. Là apparaissant à ses yeux émerveillés villes et villages, champs cultivés, tel un monde étrange.
Regardant autour d'elle, elle aperçoit à ses pieds un paysan labourant son champs. L'attelage bien sûr lui semble étrange.
"Tiens, quel beau jouet", s'exclame-t-elle. "Je l'emmène chez moi". Prestement elle s'agenouille et étend son tablier. D'un geste elle balaie tout ce qui remue et l'enferme dans sa draperie.
Par bonds joyeux elle retourne vers le château hélant son père : "Oh père, jai trouvé dans la vallée un jouet merveilleux, je n'en ai jamais vu de tels sur nos sommets".
Le père attablé, buvant son vin bien frais observe la fillette avec complaisance et demande : "Qu'apportes-tu de si frétillant dans ton tablier? Fais-moi voir cette trouvaille qui te fais sautiller de joie".
Dépliant la draperie, elle étale avec précaution le paysan avec son attelage et elle bat des mains, saute et exulte, quand le gracieux ensemble se dresse sur la table.
Mais le père prenant son air le plus sérieux lui dit : "Qu'as-tu fais là! c'est un paysan avec son attelage et ce n'est pas un jouet".
Ramène-le où tu l'as pris de suite et sans réplique, fais ce que je t'ordonne, car sans le paysan tu n'aurais pas de pain. Du labeur de la paysannerie est issue la lignée des géants, le paysan n'est pas un jouet, Dieu nous en garde.
Les hauteurs où jadis s'élevait le château fort des géants sont à présent désertes. Tu as beau te renseigner : tu n'y trouves plus de géants. Il n'y a plus qu'une ruine de cette légende pour te faire rêver.


1808 :  légende des géants recueillie par Charlotte Engelhardt 
1814 : Jakob Grimm reprend la légende et la publie.
Das Riesenspielzeug
Burg Niedeck ist im Elsaß der Sage wohlbekannt,
die Höhe, wo vor Zeiten die Burg der Riesen stand;
sie selbst ist nun verfallen, die Stätte wüst und leer,
du fragest nach den Riesen, du findest sie nicht mehr.
Einst kam das Riesenfräulein aus jener Burg hervor,
erging sich sonder Wartung und spielend vor dem Tor
und stieg hinab den Abhang bis in das Tal hinein,
neugierig zu erkunden, wie's unten möchte sein.
Mit wen'gen raschen Schritten durchkreuzte sie den Wald,
erreichte gegen Haslach das Land der Menschen bald,
und Städte dort und Dörfer und das bestellte Feld
erschienen ihren Augen gar eine fremde Welt.
Wie jetzt zu ihren Füßen sie spähend niederschaut,
bemerkt sie einen Bauer, der seinen Acker baut;
es kriecht das kleine Wesen einher so sonderbar,
es glitzert in der Sonne der Pflug so blank und klar.
"Ei! artig Spielding!" ruft sie, "das nehm' ich mit nach Haus!"
Sie knieet nieder, spreitet behend ihr Tüchlein aus
und feget mit den Händen, was sich da alles regt,
zu Haufen in das Tüchlein, das sie zusammenschlägt,
und eilt mit freud'gen Sprüngen, man weiß, wie Kinder sind,
zur Burg hinan und suchet den Vater auf geschwind:
“Ei Vater, lieber Vater, ein Spielding wunderschön!
So Allerliebstes sah ich noch nie auf unsern Höh'n."
Der Alte saß am Tische und trank den kühlen Wein,
er schaut sie an behaglich, er fragt das Töchterlein:
“Was Zappeliges bringst du in deinem Tuch herbei?
Du hüpfest ja vor Freuden; laß sehen, was es sei."
Sie spreitet aus das Tüchlein und fängt behutsam an,
den Bauer aufzustellen, den Pflug und das Gespann;
wie alles auf dem Tische sie zierlich aufgebaut,
so klatscht sie in die Hände und springt und jubelt laut.
Der Alte wird gar ernsthaft und wiegt sein Haupt und spricht:
“Was hast du angerichtet? Das ist kein Spielzeug nicht!
Wo du es hergenommen, da trag es wieder hin,
der Bauer ist kein Spielzeug, was kommt dir in den Sinn?
Sollst gleich und ohne Murren erfüllen mein Gebot;
denn wäre nicht der Bauer, so hättest du kein Brot;
es sprießt der Stamm der Riesen aus Bauernmark hervor,
der Bauer ist kein Spielzeug, da sei uns Gott davor
Burg Niedeck ist im Elsaß der Sage wohl bekannt,
die Höhe, wo vor Zeiten die Burg der Riesen stand;
sie selbst ist nun verfallen, die Stätte wüst und leer,
und fragst Du nach den Riesen, du findest sie nicht mehr.

Adelbert von Chamisso, 1831


Aldelbert von Chamisso, né Louis Charles Adélaïde de Chamissot, d'une vieille famille de nobles lorrains, le 30 janvier 1781 au château Boncourt (Champagne), mort le 21 août  1838 à Berlin.

"Les géants du Nideck", sentier de sculptures contemporaines

Tomasz Domanski (Pologne), 2003 : "Le dialogue des géants"

La culturelle alsacienne est d'une richesse époustouflante ! Ici, une légende alsacienne passe dans la culture française, puis allemande (frères Grimm), est reprise, sous forme de poème par A. de Chamisso, noble français dont les parents ont fui la révolution française pour s'installer à Berlin . Il écrit en langue allemande, dont ce poème "Das Riesenspielzeug" que j'ai appris l'école en  Allemagne, en classe de 6e ignorant tout de son histoire interculturelle. A. de Chamisso et sa poésie étaient pour nous 'bien allemands', pas de trace d'autres cultures… (Quelle école !!) Je me suis renseigné auprès d'amis allemands plus jeunes : ils ne connaissent plus ni A. de Chamisso, ni ce poème… Exit le romantisme allemand avec ses sources françaises, exit l' interculturel… Heureusement que l'Alsace continue à faire vivre sa culture, cette culture de légendes, par exemple à travers ce sentiers de huit sculptures en grès des Vosges, créées par des sculpteurs européens.