lundi 7 mars 2011

Histoire de cigognes, histoire de clocher…


DNA le 06/03/2011
Reichstett, de Patrick Schwertz (avec A.B et A.G)
"Les cigognes n’en font qu’à leur tête
Il y a de l’électricité dans l’air à Reichstett. À cheval sur la rue Kloeck et celle de La Wantzenau, des cigognes ont construit leur nid au-dessus d’un pylône de l’ÉS. Jeudi, elles ont été une nouvelle fois délogées. Entre l’indignation des riverains et les obligations du maire, va-t-on éviter une querelle de clocher ?
Jeudi, une nacelle de l’Électricité de Strasbourg se hisse le long d’un pylône situé à l’angle de la rue de La Wantzenau et de la rue Kloeck à Reichstett.
La mission : démanteler le nid que les cigognes ont installé sur la pointe du poteau électrique, propriété de l’ÉS [Électricité de Strasbourg].
Une scène devenue presque routinière. Et qui choque certains riverains. Comme Marie-Marcelle Armbruster, particulièrement remontée. « Ça fait trois ans qu’elles viennent. Elles ont pris l’habitude de construire leur nid au sommet de ce poteau électrique de la rue de La Wantzenau. L’an passé, on avait réussi à maintenir le nid. Les cigognes nous ont fait trois petits, on était très contents dans le quartier », confie cette Lyonnaise d’origine, installée depuis quarante ans en Alsace.
« Ça me fend le cœur de les voir tourner autour du poteau »
La donne a changé cet hiver. « C’est la deuxième fois de suite que la mairie fait venir un agent d’Électricité de Strasbourg pour détruire le nid, rappelait notre lectrice, avant la nouvelle intervention de jeudi. Ça me fend le cœur de voir ces pauvres bêtes, qui ont fait plusieurs milliers de kilomètres, tourner tous les jours autour du poteau. On nous dit qu’on veut réintroduire les cigognes en Alsace, c’est scandaleux de voir une mairie agir comme ça. »
Michel Costaz, qui habite rue de La Wantzenau, n’en pense pas moins. « L’an dernier, le nid a été démonté quatre fois. » Ce Savoyard d’origine trouve « inadmissible qu’une commune qui se dit amie des cigognes fasse démonter un nid ». Tout ça à cause de fientes laissées sur le toit d’un voisin, selon lui. « Sur le trottoir, les gens promènent leur chien qui fait ses besoins. Mais quelques fientes, et on s’en prend aux cigognes ! Pour t ant, ça ne dure que trois mois. Elles n’ont rien fait à personne », s’insurge-t-il.
Sauf que la situation n’est pas aussi manichéenne. Il faut en effet savoir que la responsabilité du premier magistrat d’une commune peut être engagée en cas d’accident et même de nuisances.
Du fumier de cheval, des poussins morts et des cigognes en plastique…
Or, selon l’Aprecial (Association pour la protection et la réintroduction des cigognes en Alsace Lorraine), un nid peut représenter un poids de 350 à 1 200 kg.
« Il y a bien sûr un problème de nuisances de toutes sortes, puisque le pylône est situé en limite de propriétés privées. Mais imaginez-vous ce qui pourrait se passer si le nid venait à s’écrouler ? », redoute Georges Schuler, le maire de Reichstett. parfaitement conscient que le délogement des cigognes est un déchirement.
Mais nécessité fait loi. Et la municipalité a obtenu le feu vert de la Préfecture pour déplacer le nid, compte tenu du danger qu’il représentait pour la sécurité. Procédure habituelle dès lors qu’il s’agit d’animaux sauvages, mais aussi d’espèces protégées.
Du côté de la mairie et de l’Électricité de Strasbourg, il y a eu aussi beaucoup de remue-méninges pour trouver une solution de repli. L’installation d’un cône de protection avait bien été envisagée, mais la multitude de câbles d’alimentation et de fils électriques autour du nid rendait l’opération impossible.
« L’ÉS a donc fourni un vieux pylône en bois à l’identique qui a été installé à 150 m du premier nid. Cette structure métallique a été ensuite aménagée avec de la paille, des branchages et du fumier de cheval, raconte Georges Schuler. Pour les attirer, nous avons ajouté des poussins morts considérés comme le chocolat des cigognes. Mais ce nid ne leur sert que de garde-manger et elles préfèrent retourner dans l’autre. C’est un animal têtu… »
« Un travail de longue haleine »
Pour caresser l’oiseau dans le sens de la plume, les édiles de la commune ont même été jusqu’à acheter deux cigognes…. en plastique placées par terre en dessous du pylône en bois. Mais là encore sans résultat.
Pour l’instant, c’est donc le statu quo, alors que les cigognes sont en pleine période d’accouplement.
La commune de Reichstett est reconnue « Village Cigogne d’Alsace ». Elle a passé une convention avec l’Aprecial pour la gestion, l’accueil et l’hébergement de cette espèce protégée. Un couple de cigognes vit depuis 12 ans dans un enclos fermé. Ce Parc des Cigognes est d’ailleurs joliment intégré au paysage.
« Je comprends l’émotion de certains habitants, insiste le maire. Mais le nid sauvage de la rue Kloeck présente un danger potentiel. C’est vraiment un travail de longue haleine de faire en sorte que ces cigognes choisissent un endroit plus sécurisé. »
Tout près du nid de la discorde, à quelques dizaines de mètres à vol d’oiseau, se dresse l’église St-Michel au toit si accueillant. Et si ces cigognes têtues pouvaient y installer leur nid d’amour, ça étoufferait dans l’œuf une vraie querelle de clocher."

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